L'Histoire, réseau embelifiquoté
Pelote de chemins de fer
Plein de millions de rails
Aux aiguillages compliqués
Corde tressée au rayon de la terre
Où foncent mille trains surexcités
Trains blondés, trains blindés, trains brisés
Et les traverses du temps trépident
Piétinées par un troupeau d'acier
Qui trépigne, curvi ou rectiligne
Pagaille de lumières filantes au long des voies
Voguant au gré du vide vers l'avant
Le long de fils lancés à l'infini
Ou peut être accrochés au point de fuite
Plus loin, plus loin
Rue du Bac
Au fond d’un café sombre
Sur une table en formica
Il est treize heures depuis quelques heures
Une mouche vivote sur un morceau de pain
Dans un reste de rengaine qui traîne
Le bistrotier astique son percolateur
Regard perdu vers d’autres lieux, vers d’autres heures
Rue du Bac
Je sors, poussant la porte vitrée
Il n’y a plus de rue
Plus de trottoir, plus de voitures
Plus de panneaux, plus de passants
Seuls existent mes deux pieds
Et une ambiance cafetière
Accrochée à mes habits
Et quelques notes enregistrées
Flottant autour de mes oreilles
Sans plus de rue du Bac
Je rentre au fond du café calme
La ville est blanche, cotonneuse
La ville est fatiguée de jouer à la ville
La ville s’est éclipsée
Je me rassois, pose les coudes sur le formica
Le bistrotier rêveur pose un autre Coca
Je marche dans Paris
Entre deux murs d’épargne
Je compte et je souris
Pour apaiser ma hargne
C’est en nombre de vies
Dépensées dans le bagne
Que je traduis les prix
Au pays de Cocagne
L’espace est découpé
En petits cubes gris
Qui sont vendus, loués
Le ciel reste gratuit
Suis-je un bon salarié
Qui paye sn logis
Ou un pion avarié
Remisé pour la nuit ?
Ambulant imbécile
Transportant son corps mou
Dispositif à pile
Ou bien machine à sous
Je me vends à la ville
Pour en avoir un bout
Je vis de mille en mille
C’est mon prix et mon coût
Les brumes du matin, légères
Flottent sur les fronçures du désert
Je renais de la nuit amère
Bercé dans la douceur des teintes claires
Au creux du noir, abandonné
J’avais mâché le compte des années
Comme un vieil enfant suranné
Puis c’est l’aurore qui m’a ramené
Le temps des vies, mon ennemi
A vu sa dictature évanouie
Sur la rosée, dans les semis
Où seules coulent les saisons bénies
Les tintements de gaieté mécanique
Rythment l’horloge à bulle en leurs trapèzes
Clic, clic, c’est un fouillis automatique
Pépites de musique, où rien ne pèse